Le doyenné du monde — une institution unique
Plus de soixante-cinq ans de concours international, un jardin bot-anique monogénérique, une médaille qui vaut plus que tous les prix
Florence porte l’iris sur ses armoiries depuis le XIIe siècle. Ce n’est pas un lis, contrairement à ce qu’une confusion vieille de huit cents ans voudrait faire croire : c’est un Iris germanica var. florentina, le « giaggiolo » toscan, dont la racine parfumait déjà les compositions des Médicis. La Société Italienne de l’Iris le rappelle sans ambigûité : « Nel suo gonfalone, come emblema, c’è un’iris rossa (e non un giglio come erroneamente si crede) ». C’est dans ce terreau symbolique unique que le Concorso a pris racine.
Le concours est à la fois le plus ancien et le plus complet de son genre. Il se distingue de tous ses équivalents mondiaux par trois caractéristiques cumulatives : l’anonymat total pendant trois années de culture, un jury international de cinq membres renouvelés, et un écosystème de prix spéciaux couvrant toutes les dimensions de la fleur — couleur, parfum, précocité, commercialité, ramification. Nulle part ailleurs en Europe un iris n’est jugé aussi longuement, aussi complètement.
Les hybrideurs qui remportent le Fiorino d’Oro intègrent une liste d’élite qui court de 1957 à aujourd’hui. Ils viennent de tous les continents — mais c’est l’Italie qui, depuis 2018, a pris une domination quasi ininterrompue sur ce concours qu’elle a créé.
Histoire — des femmes, une vision
De l’initiative de 1954 à l’inauguration de 1957 : deux passiondées et un futur maire
L’histoire du Concorso commence par une rencontre improbable entre deux femmes de la haute société florentine et un fonctionnaire municipal visionnaire. En 1954, Flaminia Goretti Specht (1905–2004) et Nita Stross Radicati, membres de la Società Italiana Amici dei Fiori et elles-mêmes hybrideuses passionnées, proposent à la municipalité de Florence de créer un concours international d’iris. Elles trouvent en Piero Bargellini un allé fondamental : alors assesseur aux Beaux-Arts et aux Jardins (et futur maire de Florence pendant la grande inondation de 1966), il obtient le soutien municipal et l’attribution du terrain du « Podere dei Bastioni », en contrebas du Piazzale Michelangelo.
Il n’est pas anodin que cette initiative vienne de femmes. Une troisième figure, moins florentine mais tout aussi décisive, se tient en arrière-plan : la comtesse Mary Gayley Senni (1884–1972), d’ascendance américaine, dont le jardin de Grottaferrata près de Rome avait été un pôle européen de l’hybridation. En 1937, elle avait déjà essayé d’organiser un concours international à Rome — interrompu par la guerre. En 1957, elle co-fonde le Giardino dell’Iris et contribue à rédiger le règlement du concours. La British Iris Society lui décernera la Foster Memorial Plaque en 1959.
Le jardin, conçu par l’architecte Giuliano Zetti, est inauguré en mai 1957. La première édition du concours a lieu la même année. Le 12 mars 1959, la Società Italiana dell’Iris (S.I.D.I.) est formellement constituée à l’initiative du botaniste Alberto Chiarugi, premier président. Association culturelle à but non lucratif, elle fonctionne depuis lors entièrement grâce au bénévolat.
Une chronologie du symbole florentin
Rappelons le contexte symbolique qui donne au concours une résonance particulière. L’iris est attesté comme symbole florentin depuis la seconde moitié du XIIe siècle. Les Florentins le portaient au combat lors de la première croisade. En 1251, après la victoire des Guelfes à Figline Valdarno, les couleurs furent inversées : l’iris blanc sur fond rouge (emblème gibelin) devint un iris rouge sur fond blanc (emblème guelfe), qui perdure jusqu’à nos jours. Dante l’évoque dans le Paradis (Chant XVI, 152–154). Le Fiorino d’Oro évoque quant à lui le florin médiéval, monnaie-étalon de toute l’Europe commerciale du XIIIe siècle.
Being ever the politician, I was in my glory. — Joe Ghio, président du jury en 1988, après son discours de remerciement en toscan dans le Salone dei Cinquecento du Palazzo Vecchio
Le Giardino dell’Iris — un jardin unique au monde
Le seul jardin botanique monogénérique au monde consacré exclusivement au genre Iris
Sur le flanc oriental du Piazzale Michelangelo, dominant Florence et la vallée de l’Arno, s’étend un jardin de 2,5 hectares — récemment agrandi de 3 500 m² grâce au soutien de la Fondazione CR Firenze. C’est le seul jardin botanique monogénérique au monde exclusivement consacré au genre Iris.
Les collections
Le jardin abrite entre 2 000 et 3 000 variétés, principalement des grands iris barbus (Iris barbata alta), mais aussi des iris intermédiaires, nains, de bordure, japonais, de Sibérie, de Louisiane, Spuria, de Californie et des espèces sauvages — dont Iris pallida, Iris florentina, Iris setosa et Iris unguicularis. Il conserve en outre la collection complète des lauréats de la Dykes Medal américaine depuis 1927 — une ressource patrimoniale sans équivalent en Europe.
Reconnu comme réserve importante de patrimoine génétique du genre Iris, le jardin fait partie depuis 2021 du périmètre UNESCO du patrimoine mondial de Florence. Il est ouvert au public gratuitement chaque année, généralement du 25 avril au 20 mai, selon la floraison.
Adresse : Piazzale Michelangelo, 1 — 50125 Firenze
Société gestionnaire : Società Italiana dell’Iris (S.I.D.I.) — societaitalianairis.com
Contact : Via Bolognese, 17 — 50139 Firenze — +39 055 483112 — segreteria@irisfirenze.it
Entrée : Gratuite pendant la période de floraison (fin avril – mi-mai)
L’iris et la parfumerie florentine
Le jardin n’est pas qu’un lieu de concours : il incarne aussi une tradition toscane millénaire. La Toscane exportait au XIXe siècle quelque 10 000 tonnes de rhizomes séchés chaque année. Les racines d’Iris pallida — récoltées, séchées trois à cinq ans — donnent le célèbre beurre d’iris, riche en irones, dont le prix peut atteindre 80 000 €/kg. L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella, l’une des plus anciennes pharmacies du monde, en utilise encore. C’est Catherine de Médicis qui, en épousant Henri II en 1533, apporta ce savoir-faire à la France, contribuant à fonder l’industrie française du parfum.
Règlement — trois ans d’anonymat
Un protocole rigoureux qui garantit l’intégrité du jugement sur la durée
Le Concorso di Firenze se distingue par l’un des protocoles de jugement les plus exigeants du monde horticole. En voici les principes fondamentaux.
Dépôt des rhizomes
Les hybrideurs du monde entier envoient leurs rhizomes à Florence entre juin et septembre de l’année précédant le premier cycle. Chaque variété reçoit un code anonyme : le jury ne connaît ni le nom de la variété ni celui de l’hybrideur. Les rhizomes sont cultivés au jardin pendant trois années complètes, observés à chaque floraison saisonnière. Seul ce suivi pluriannuel garantit que la floraison régulière, la vigueur, la résistance aux maladies et la constance du coloris sont évaluées — et non une performance isolée.
Participation
Chaque hybrideur peut inscrire un maximum de six variétés par catégorie. Le concours est ouvert à tous, professionnels comme amateurs. Le record de participation fut atteint en 2004 avec 150 nouvelles variétés en jugement. En année ordinaire, le nombre tourne autour de 80 à 120 candidats.
Le jury
Un jury international de cinq membres procède à l’évaluation finale lors de la période de floraison (fin avril – début mai). Les jurés sont issus de différents pays ; des hybrideurs français ont régulièrement siégé au jury. En sens inverse, des jurés italiens ont présidé Franciris (Sofia Cavini en 2024, Valeria Romoli en 2011, Paolo Gambassini en 2000).
Les catégories
Le concours couvre plusieurs catégories : Barbate Alte (grands iris barbus TB, catégorie principale), Barbate da Bordura (iris de bordure), et d’autres classes selon les inscriptions. Le Fiorino d’Oro récompense le meilleur grand barbu de l’année.
Les prix décernés
- Fiorino d’Oro « Premio Firenze » — 1er prix absolu, la distinction suprême
- Premio Regione Toscana — 2e prix
- Premio Confindustria Toscana Centro e Costa — 3e prix
- Medaglia « Piero Bargellini » — 4e prix, décerné par la S.I.D.I.
- Premio Comune di Firenze — Meilleure variété de couleur rouge
- Premio Camera di Commercio di Firenze — Meilleure variété commerciale
- Premio Louise Branch — Variété avec la meilleure ramification
- Premio Garden Club di Firenze — Couleur la plus originale
- Premio Associazione I Profumi di Boboli — Variété la plus parfumée
- Premio Rora e Luciano Bausi — Meilleure variété bleue
- Premio Anne E. Barbetti Bahrenburg — Meilleure variété jaune
- Premio Giorgio Saviane — Meilleure variété précoce
- Premio Société San Giovanni Battista — Meilleure variété violette
- Premio Laura Tancredi — Meilleure variété rose
- Premio Dario Bianco — Meilleure Barbata da Bordura
Ce système de prix spéciaux par couleur — unique au monde — réflète la conviction fondatrice que la quête du rouge, le raffinement du bleu, la chaleur du jaune méritent chacun une reconnaissance distincte. Le « Premio Comune di Firenze pour le rouge » est particulièrement symbolique : il renvoie au gonfalon florentin, l’iris rouge sur fond blanc.
Palmarès complet — 2000–2026
Tous les lauréats du Fiorino d’Oro depuis l’an 2000, avec les podiums détaillés pour les années où les données sont disponibles
| Année | Éd. | Cultivar (Fiorino d’Oro) | Hybrideur | Pays |
|---|---|---|---|---|
| 2000 | 42e | Diabolique | Schreiner’s Gardens | 🇺🇸 USA |
| 2001 | 43e | H.C. Stetson | R.E. Stetson II | 🇺🇸 USA |
| 2002 | 44e | Dude Ranch | Paul Black | 🇺🇸 USA |
| 2003 | 45e | Pay The Price | Graeme Grosvenor | 🇦🇺 Australie |
| 2004 | 46e | Frosted Fantasy | Anna & David Cadd | 🇺🇸 USA |
| 2005 | 47e | Paul Black | Thomas Johnson | 🇺🇸 USA |
| 2006 | 48e | Recondita Armonia | Mauro Bertuzzi | 🇮🇹 Italie |
| 2007 | 49e | Aurélie | Richard Cayeux | 🇫🇷 France |
| 2008 | 50e | Morning Sunrise | Thomas Johnson | 🇺🇸 USA |
| 2009 | 51e | Ravissant | Richard Cayeux | 🇫🇷 France |
| 2010 | 52e | Alé Viola | Stefano Gigli | 🇮🇹 Italie |
| 2011 | 53e | Silk Road | Keith Keppel | 🇺🇸 USA |
| 2012 | 54e | Cheyenne My Dog | Roberto Marucchi | 🇮🇹 Italie |
| 2013 | 55e | Vento di Maggio | Augusto Bianco | 🇮🇹 Italie |
| 2014 | 56e | Drifting | Schreiner’s Gardens | 🇺🇸 USA |
| 2015 et 2016 : concours non tenu | ||||
| 2017 | 59e | Spirit Rider | Schreiner’s Gardens | 🇺🇸 USA |
| 2018 | 60e | Anima Cara | Angelo Garanzini | 🇮🇹 Italie |
| 2019 | 61e | Chachar | Zdeněk Seidl | 🇨🇿 Tchéquie |
| 2020 | 62e | Dalí | Augusto Bianco | 🇮🇹 Italie |
| 2021 | 63e | Belle Fille | Marky Smith | 🇺🇸 USA |
| 2022 | 64e | Matka Theresa | Robert Piatek | 🇵🇱 Pologne |
| 2023 | 65e | Azzurro Cielo | Angelo Garanzini | 🇮🇹 Italie |
| 2024 | 66e | Me Pizzica | Augusto Bianco | 🇮🇹 Italie |
| 2026 | 68e | Dedicato a Te | Augusto Bianco | 🇮🇹 Italie |
Podiums détaillés pour les années documentées
2002 (44e) — 1er : Dude Ranch (Black, USA) ; 2e : Haut Les Voiles (Cayeux, France) ; 3e : Anvil of Darkness (Innerst, USA). Top 10 incluant Lark Rise (Bartlett, UK), Twilight Cloud (Chapman, Canada), Share the Spirit (Grosvenor, Australie).
2003 (45e) — 1er : Pay The Price (Grosvenor, AU) ; 2e : Slovak Sapphire (Mego, Slovaquie) ; 3e : Ghost Train (Schreiner’s, USA) ; 4e : Reap The Rewards (Grosvenor, AU).
2006 (48e) — 1er : Recondita Armonia (Bertuzzi, IT) ; 2e : High Class (Black, USA) ; 3e : Mythology (Johnson, USA). Premier Fiorino d’Oro italien depuis les débuts du concours.
2010 (52e) — 1er : Alé Viola (Gigli, IT) ; 2e : Anton Mego (Slovaquie) ; 3e : Thomas Johnson (USA).
2019 (61e) — 1er : Chachar (Seidl, CZ) ; 2e : Lingua di Drago (Bolchi, IT) ; 3e : Enraptured (Schreiner’s, USA) ; 4e : Charmandà (Burkhardt, DE) ; 5e : Anima Triste (Garanzini, IT). Prix précoce : High Desert (Keppel, USA). Seidl place quatre entrées dans le top 10.
2021 (63e) — 1er : Belle Fille (Smith, USA) ; 2e : Mimmamaria (Luconi, IT) ; 3e : Cloud Dweller (Schreiner’s, USA) ; 4e : Ezioaldo (Luconi, IT). Première édition post-COVID avec jury international complet.
2022 (64e) — 1er : Matka Theresa (Piatek, PL) ; 2e : Controcorrente (Marucchi, IT) ; 3e : Kriminal (Bianco, IT) ; 4e : semis 30-14-3 (Bianco, IT).
2023 (65e) — 1er : Azzurro Cielo (Garanzini, IT) ; 2e : Diablo Rojo (Schreiner’s, USA) ; 3e : Mondo Gatto (Montanari, IT). Édition dédiée à la mémoire d’Anne Barbetti.
2024 (66e) — 1er : Me Pizzica (Bianco, IT). Prix spéciaux : rouge : Vibrazioni di Velluto (Bianco) ; couleur originale : Gotham (Schreiner’s) ; bleu : Cielo Velato (Garanzini) ; parfum : Justify (Filardi, USA).
68e édition, 2026 — Dedicato a Te
Augusto Bianco signe un troisième Fiorino d’Oro, Roland Dejoux remporte le prix Louise Branch pour la France
La 68e édition du Concorso Internazionale dell’Iris s’est tenue du 4 au 9 mai 2026 au Giardino dell’Iris. Le palmarès témoigne d’une domination italienne confirmée, avec toutefois des pres-ences allem-andes remarquables et une distinction française bien méritée.
Catégorie Barbate Alte — Podium principal
| Prix | Numéro | Cultivar | Hybrideur |
|---|---|---|---|
| 1er — Fiorino d’Oro | N° 36 | Dedicato a Te | Augusto Bianco (Italie) |
| 2e — Premio Regione Toscana | N° 45 | Semis 17 Lost World × All Night Long 1 Bir | Pia Altenhofer (Allemagne) |
| 3e — Premio Confindustria Toscana | N° 30 | Ninfa del Mare | Angelo Bolchi (Italie) |
| 4e — Medaglia Piero Bargellini | N° 82 | Perla Selvaggia | Augusto Bianco (Italie) |
Mentions honorables (5e–10e)
| Rang | Cultivar | Hybrideur |
|---|---|---|
| 5e | Onda Infranta | Beatrice Rigatti & Giordano Martini (Italie) |
| 6e | Blue Mystery | Terry Aitken (USA) |
| 7e | Charm Offensive | Bruce Filardi (USA) |
| 8e | Uccello d’Oro | Angelo Bolchi (Italie) |
| 9e | Titti | Lorena Montanari (Italie) |
| 10e | Venere | Beatrice Rigatti & Giordano Martini (Italie) |
Prix spéciaux 2026
| Prix spécial | Cultivar lauréat | Hybrideur |
|---|---|---|
| Premio Comune di Firenze — Meilleur rouge | Sansone | Rigatti & Martini (Italie) |
| Premio Camera di Commercio — Meilleur commercial | Dedicato a Te | Augusto Bianco (Italie) |
| Premio Amici dei Fiori « Silvio Bidallo » — Meilleur hybrideur italien | Dedicato a Te | Augusto Bianco (Italie) |
| Premio Louise Branch — Meilleure ramification | Gold on the Snow | Roland Dejoux (France) |
| Premio Garden Club di Firenze — Couleur la plus originale | Semis 17 Lost World × All Night Long 1 Bir | Pia Altenhofer (Allemagne) |
| Premio Profumi di Boboli — Variété la plus parfumée | Semis 19 Are You Free × Isadora Belle 5 Bir | Pia Altenhofer (Allemagne) |
| Premio Rora e Luciano Bausi — Meilleur bleu | Blush of Blue | Terry Aitken (USA) |
| Premio Anne E. Barbetti Bahrenburg — Meilleur jaune | Titti | Lorena Montanari (Italie) |
| Premio Giorgio Saviane — Meilleur précoce | Dedicato a Te | Augusto Bianco (Italie) |
| Premio Société San Giovanni Battista — Meilleur violet | Effetto Notte | Angelo Garanzini (Italie) |
| Premio Laura Tancredi — Meilleur rose | Semis 19 Are You Free × Isadora Belle 5 Bir | Pia Altenhofer (Allemagne) |
| Premio Dario Bianco — Meilleure Barbata da Bordura | Alba al Conero | Lorena Montanari (Italie) |
Lecture du palmarès 2026
Dedicato a Te d’Augusto Bianco réalise un quadruplé exceptionnel : Fiorino d’Oro (1er prix), Premio Camera di Commercio (meilleur commercial), Premio Amici dei Fiori (meilleur hybrideur italien) et Premio Giorgio Saviane (meilleur précoce). C’est le 3e Fiorino d’Oro de Bianco, après Vento di Maggio (2013) et Dalí (2020), un record que seuls Schreiner’s Gardens égalent (2000, 2014, 2017).
La présence allemande est exceptionnelle en 2026 : Pia Altenhofer remporte trois prix spéciaux (couleur originale, parfum, rose) avec deux semis non encore nommés, et se classe 2e au podium principal. Son semis 17 Lost World × All Night Long 1 Bir est l’un des moments marquants de l’édition.
La France en 2026 — Premio Louise Branch pour Roland Dejoux
Roland Dejoux, président de la SFIB et hybrideur installé à Laymont (Gers), remporte le Premio Louise Branch avec Gold on the Snow (N° 5). Ce prix couronne la variété ayant fait preuve de la meilleure ramification — une qualité horticole majeure qui conditionne le nombre de fleurs simultanément ouvertes et donc l’impact visuel de la plante. Ce n’est pas la première reconnaissance florentine pour Dejoux, dont le travail s’inscrit dans la tradition des hybrideurs français à Florence depuis Richard Cayeux.
La France au concours de Florence — une présence historique
De Ferdinand Cayeux aux hybrideurs contemporains : un axe franco-italien d’émulation et de reconnaissance mutuelle
La France et le Concorso di Firenze entretiennent une relation ancienne et féconde. Des hybrideurs français participent régulièrement au concours depuis ses premières décennies ; des jurés français ont siégé à Florence ; et en sens inverse, des jurés italiens ont présidé Franciris.
Richard Cayeux, double lauréat du Fiorino d’Oro
La page d’or de la France à Florence s’écrit en deux années consécutives : 2007 et 2009. Richard Cayeux remporte le Fiorino d’Oro avec Aurélie en 2007, puis avec Ravissant en 2009. C’est la seule série consécutive de victoires françaises dans l’histoire du concours. Elle consolide la réputation internationale de la maison Cayeux, qui avait déjà placé Haut Les Voiles en 2e position en 2002.
Cette période coïncide avec la montée en puissance internationale de la quatrième génération Cayeux. Richard Cayeux, ingénieur agronome, a multiplié les participations aux concours les plus difficiles — Florence, Franciris, Chelsea Flower Show, Munich — avec un programme d’hybridation orienté vers la qualité horticole globale plutôt que la seule nouveauté colorimétrique.
Les autres hybrideurs français à Florence
Au-delà de Cayeux, plusieurs hybrideurs français contribuent à la présence tricolore à Florence.
Roland Dejoux (Laymont, Gers) est l’hybrideur français le plus actif sur la scène florentine contemporaine. Président de la SFIB, il entretient des liens étroits avec les grands hybrideurs mondiaux (Keppel, Johnson, Ghio, Blyth) et a réalisé des croisements en Australie chez Blyth. Son iris Soleil de Laymont a obtenu le 1er prix à Florence en 2022 (dans une catégorie spéciale), et Gold on the Snow remporte en 2026 le Premio Louise Branch — distinction pour la meilleure ramification.
Nicolas Bourdillon (Soings-en-Sologne) participe également régulièrement au concours, portant la tradition de la pépinière familiale fondée en 1905 dans la compétition internationale.
Une reconnaissance croisée franco-italienne
L’axe franco-italien est l’une des grandes réalités de l’iridologie européenne. Des jurés italiens ont présidé le Franciris (Paolo Gambassini en 2000, Valeria Romoli en 2011, Sofia Cavini en 2024) ; des jurés français siègent régulièrement à Florence. La revue Iris et Bulbeuses de la SFIB consacre régulièrement des articles aux hybrideurs italiens. Sylvain Ruaud, à travers son blog irisenligne (2001–2023, plus de 2 800 articles), a considérablement contribué à faire connaître l’hybridation italienne au lectorat françophone, notamment avec ses articles « L’Italie, grande enfin » (2019) et « The Italian Ladies » (2019–2020).
Seul double gagnant Florence & Franciris : Chachar (Zdeněk Seidl, Tchéquie) reste à ce jour le seul cultivar à avoir remporté les deux plus grands concours européens — le Prix Philippe de Vilmorin à Franciris 2017 et le Fiorino d’Oro à Florence 2019. High Desert (Keppel, USA) a, lui, remporté le 2e prix à Franciris 2017 et le Premio Giorgio Saviane (meilleur précoce) à Florence 2019, soulignant la cohérence des jugements européens.
La France dans l’histoire longue du concours
Géographie des victoires — un basculement historique
De la domination américaine des années 2000 à la nouvelle vague italienne des années 2020
Sur les 25 éditions documentées entre 2000 et 2024 (2015 et 2016 non tenues), le Fiorino d’Oro a été décerné à 11 reprises à des hybrideurs américains, 8 fois à des Italiens, 2 fois à des Français (Cayeux), et une fois chacun à un Australien, un Tchèque et un Polonais. La tendance récente (2017–2026) est sans équivoque : l’Italie domine avec 6 victoires sur 8 éditions tenues.
2000–2026
2000–2026
(Cayeux 2007, 2009)
(2013, 2020, 2026)
L’ère Bianco
Augusto Bianco est le grand hybrideur du concours depuis les années 2010. Avec trois Fiorini d’Oro (2013, 2020, 2026) — record égalé seulement par Schreiner’s Gardens — et de nombreux prix spéciaux dans presque chaque édition, il s’est imposé comme la figure de proue de l’hybridation italienne contemporaine. Sa recherche du rouge — Vibrazioni di Velluto, Nduja, Purosangue — répond directement à la symbolique florentine du gonfalon rouge.
Schreiner’s, le seul équivalent américain
Schreiner’s Gardens (Salem, Oregon) est la seule pépinière américaine à maintenir une présence régulière et compétitive à Florence sur toute la période — trois Fiorini (2000, 2014, 2017) et de multiples citations. Thomas Johnson (Mid-America Garden) aligne deux victoires (2005, 2008) et des présences constantes, y compris en tant qu’introducteur des cultivars Blyth.
La diversité européenne
L’une des caractéristiques les plus remarquables de la période 2017–2026 est la diversité géographique des podiums. La Tchéquie (Seidl, 2019), la Pologne (Piatek, 2022), l’Allemagne (Altenhofer, 2e en 2026) se hissent au sommet. Le concours florentin est devenu le baromètre de l’hybridation européenne dans sa diversité — là où la Dykes Medal américaine reste quasi-exclusivement nord-américaine.
Le Concorso di Firenze est aujourd’hui ce que la Coupe du Monde est au football : une compétition où l’Europe a repris la main sur la puissance américaine, sans l’exclure. — Analyse comparative Franciris & Florence, SFIB 2025
Sources — & références
Documentation utilisée pour la rédaction de cet article
Sources primaires
Società Italiana dell’Iris (S.I.D.I.) — societaitalianairis.com — palmarès officiels, règlement, historique.
Comune di Firenze — comune.fi.it — communiqués de presse du concours.
Palmarès officiel 68e édition (2026) — Elenco Premi, 68° Concorso Internazionale dell’Iris 2026 (document HTML transmis à la SFIB).
Sources secondaires et analyses
AIS World of Irises — « The Italian Ladies » (sept. 2019) ; « Italian Irises, Great at Last! » (févr. 2020).
Sylvain Ruaud, irisenligne (2001–2023) — « L’Europe des iris en 2019 ».
La Nazione — Firenze premia i migliori iris : vince Augusto Bianco.
Florence Journal — 54th International Iris Competition.
ANSA Toscana — ansa.it/toscana — résultats 2023.
Florence International Iris Competition : 25 Years of Results and Cross-Competition Analysis — étude comparative SFIB/irisenligne, 2025.
Sources sur la France à Florence
Cayeux — cayeux.fr — historique des distinctions internationales.
Iris de Laymont (Roland Dejoux) — les-iris-de-laymont.fr.
Iris et Bulbeuses (revue SFIB) — n° 168, 169, 174 — articles sur les concours et hybrideurs italiens.
Sources historiques
SFIB — Notes sur la Comtesse Mary Gayley Senni et la fondation du Giardino dell’Iris.
Wikipedia — Giglio di Firenze — héraldique florentine.
Dante Alighieri, La Divina Commedia, Paradiso, Chant XVI, v. 152–154 (allusion au gonfalon).