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Franciris
Le concours international d’iris de Paris

Histoire, palmarès et enjeux du seul concours international d’iris de grande barbe en France — de la genèse en 1997 aux perspectives de 2026

Monographie complète 10 éditions · 2000–2024 SFIB & Parc Floral de Paris
Franciris® est le seul concours international d’iris de grande barbe (TB) organisé en France. Fondé en 2000 à l’initiative de Sylvain Ruaud et de la SFIB (Société Française des Iris et plantes Bulbeuses), ce concours biennal a vu défiler dix éditions officielles entre 2000 et 2024, traversant trois lieux différents, deux annulations et une pandémie. En un quart de siècle, Franciris s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous mondiaux de l’hybridation d’iris, attirant chaque édition une centaine de variétés de 30 à 35 hybrideurs issus d’une dizaine de pays.

Genèse et contexte historique

De la médaille de Dykes française (1928–1938) à la naissance de Franciris en 2000

L’histoire de Franciris commence en 1996, lorsque le président de la SFIB, Charles-Guy Bouquet, demande à son conseil d’administration de réfléchir à des moyens de relancer une association en perte de vitesse. Lors de l’assemblée générale du 24 mai 1997 au Parc de la Source à Orléans, Sylvain Ruaud propose de créer un concours d’iris pour célébrer le passage à l’an 2000, sur le modèle de celui de Florence (Concorso Internazionale dell’Iris, actif depuis 1954). Le nom « France-Iris », devenu Franciris, est adopté et sera ultérieurement déposé comme marque (®).

La médaille de Dykes française : un héritage interrompu

La justification historique du concours est explicite : la France avait décerné la médaille de Dykes jusqu’en 1938, quand la guerre interrompit la tradition. Les onze récipiendaires (1928–1938) furent tous des variétés de Ferdinand Cayeux : Pluie d’Or, Député Nomblot, Jean Cayeux, Antigone… Cette médaille, toujours attribuée aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie-Nouvelle-Zélande, n’a jamais été rétablie en France. Le Grand Prix Philippe de Vilmorin de Franciris en est le successeur spirituel.

Philippe de Vilmorin (1872–1917)

Joseph-Marie-Philippe Lévêque de Vilmorin, pionnier de l’hybridation française d’iris chez Vilmorin-Andrieux, initia une conférence internationale d’iris à Paris qui ne se tint qu’en 1922, après sa mort au front. Le Grand Prix portant son nom honore cette figure fondatrice.

Le projet initial : un conservatoire et un concours français

Le projet initial prévoyait un concours limité aux variétés françaises, accompagné d’un conservatoire national d’iris. Ce conservatoire fut effectivement créé aux Jardins de Brocéliande (Bréal-sous-Montfort, Ille-et-Vilaine), notamment pour sauver la collection de Marc Simonnet que l’arboretum de Chèvreloup voulait éliminer. Gérard Brière et Virginie Fur travaillèrent considérablement pour préparer le terrain.

Les partenaires institutionnels

La SNHF (Société Nationale d’Horticulture de France), à laquelle la SFIB est affiliée, n’est pas co-organisatrice mais partenaire : elle décerna le prix de la meilleure variété française de 2005 à 2015 et assura une visibilité institutionnelle. Le Parc Floral de la Ville de Paris est devenu le principal partenaire depuis 2015, avec une convention renouvelée jusqu’en 2026.

10éditions officielles
25ans d’existence
3lieux successifs
~120variétés par édition

Trois lieux en vingt-cinq ans

Brocéliande, Jouy-en-Josas, Vincennes — le parcours géographique de Franciris reflète ses difficultés et sa maturité progressive

PériodeLieuÉditions
2000–2002Jardins de Brocéliande, Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Vilaine)2000, IRIADE 2002
2005–2011Jardins du TECOMAH, Jouy-en-Josas (Yvelines)2005, 2007, 2011
2015–présentParc Floral de Paris, Bois de Vincennes (Paris 12e)2015, 2017, 2019, 2022, 2024

Brocéliande (2000–2002) : les premiers pas

Le premier Franciris se tint en 2000 aux Jardins de Brocéliande, près de Rennes, dans le cadre bucolique du conservatoire nouvellement créé. Ce fut un concours limité aux variétés françaises. En 2002, un événement distinct baptisé IRIADE fut organisé au même endroit. Après ces deux éditions, la décision fut prise de rendre Franciris pleinement international.

TECOMAH, Jouy-en-Josas (2005–2011) : l’ambition internationale

Le transfert à TECOMAH (École de l’Environnement et du Cadre de Vie, Chambre de commerce de Paris), dans le parc partagé avec HEC près de Versailles, offrait un cadre prestigieux et accessible aux visiteurs étrangers. Mais les relations entre la SFIB et TECOMAH se dégradèrent progressivement.

La présidente Anne-Marie Chesnais s’inquiéta du manque d’engagement de l’école dans l’entretien des iris. Pour l’édition 2013, les rhizomes envoyés furent si mal plantés et entretenus que de nombreuses variétés ne survécurent pas, entraînant l’annulation pure et simple de l’édition.

Parc Floral de Paris (2015–présent) : la consécration

La SFIB trouva un nouveau partenaire : le Parc Floral de la Ville de Paris à Vincennes. Moins champêtre que Jouy-en-Josas, ce lieu offrait l’avantage d’être au cœur de Paris et géré par des jardiniers motivés, sous la direction de Jean-Yves Moreau. Une convention a été signée pour les éditions jusqu’en 2026. Les iris y sont cultivés sans pesticides ni engrais, conformément à la politique du jardin botanique parisien.

Franciris peut devenir le plus grand concours d’iris au monde. Tout est réuni pour réussir : le cadre et le prestige de la ville de Paris. — Kathy Chilton, juge américaine, clôture de Franciris 2015

Format, règlement et prix

Un cycle biennal rodé : 120 variétés, 35 hybrideurs, un jury international de cinq juges

Inscription et culture

Franciris est un concours biennal (tous les deux ans, en mai), réservé aux iris de grande barbe (Tall Bearded). L’hybrideur envoie une déclaration puis expédie 2 rhizomes par variété (maximum 4 variétés par concurrent). Les variétés doivent avoir été enregistrées ou introduites dans les 10 années précédant l’inscription. Les semis non enregistrés peuvent concourir sous leur numéro. L’envoi se fait en mai (hémisphère sud) ou juillet-octobre (hémisphère nord), environ deux ans avant le concours. L’anonymat est garanti par un système de codes SFIB et d’enveloppes scellées.

Jugement

Un jury international de 5 juges accrédités évalue les iris sur une échelle de 100 points durant 4 à 5 jours en mai. Les variétés ayant obtenu 70 points ou plus reçoivent la « Mention Franciris ». Des jurys spécialisés (presse horticole, parfumeurs, fleuristes) et un vote du public (environ 600 votants en 2017) complètent le dispositif.

Les prix décernés

PrixSignificationDepuis
Grand Prix Philippe de VilmorinMeilleur iris (top 10), décerné par le jury international2005
Prix Gladys ClarkeMeilleurs iris français (top 3)~2017
Prix Lawrence RansomIris les plus florifères / plus belles touffes2017
Prix de la SFIBIris le plus parfuméContinu
Prix du Public / Ville de ParisVote du public (top 3)Continu
Prix de la Presse HorticoleChoix des journalistes horticolesContinu

Des prix ponctuels ont également existé : Banque Populaire Val de France (meilleur biton bleu, 2005–2007), Jacques de Givry Éditions (meilleur parfum, 2005–2011), SNHF (meilleur français, 2005–2015), Société des Parfumeurs (2015), Prix des Enfants et des Fleuristes (2019), Meilleure plante commerciale et Plus original (2024).

Gladys Clarke et Lawrence Ransom

Gladys Clarke fut la fondatrice de la SFIB en 1959. Lawrence Ransom (1954–2016), hybrideur d’origine britannique installé en France pendant une cinquantaine d’années à Hautefage-la-Tour (Lot-et-Garonne), fut le grand vainqueur de Franciris 2000. Le prix portant son nom fut créé après son décès soudain en 2016.

Palmarès 2000–2007

Des débuts français à la première édition internationale — la domination américaine initiale

Franciris 2000 — Jardins de Brocéliande

Concours français uniquement

Jury : Paolo Gambassini (IT, président) ; Koen Engelen (BE) ; Michel Bourdillon, Annie Brunel, Odile Perrier (FR).

RangVariétéHybrideurPrix spécial
1erSamsaraLawrence Ransom (FR), 1996La plus originale
2eMer du SudCayeux (FR), 1997La plus parfumée
3eDamoiselleLawrence Ransom (FR), 1997
4eClaude Louis GayrardRansom
5eMassaliaAnfosso

Prix du public (iris du millénaire) : Provençal (Cayeux, 1978). Lawrence Ransom domina avec 6 variétés classées sur 14. Réf. : Iris et Bulbeuses n° 137, 2000.

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IRIADE 2002 — Jardins de Brocéliande

Concours distinct, français uniquement

Non officiellement un « Franciris ». Jury présidé par Sidney Linegar (UK). 1er : Mer du Sud (Cayeux) ; 2e : Belle de Nuit (Cayeux) ; 3e : Iriade (Laporte). Après cet événement, la décision fut prise de rendre Franciris pleinement international.

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Franciris 2005 — TECOMAH, Jouy-en-Josas

1re édition internationale — 121 variétés, 24 hybrideurs, 7 pays

Jury : E. Roy Epperson (US, président AIS) ; Gisela Dathe (DE) ; Valeria Romoli (IT) ; Jérôme Boulon, Sylvain Ruaud (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erBye Bye BluesGeorge SuttonUSA
2eChariots of FireAitkenUSA
3eGot MilkAitkenUSA
4eFinnigan’s Finagling FactorStetsonUSA
5eGwennadenMadoréFrance
6eDiaboliqueSchreinerUSA

SNHF meilleur français : Gwennaden (Madoré). Meilleur parfum : Pretty Edgy (Blyth, AU). Public : World Premier (Schneider). Domination américaine écrasante (top 4 USA). Réf. : Iris et Bulbeuses n° 155-156, 2006.

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Franciris 2007 — TECOMAH, Jouy-en-Josas

34 variétés jugées (floraison avancée de 3 semaines)

Jury : Stephanie Boot (NZ, présidente). Un printemps exceptionnellement chaud provoqua une floraison précoce ; seules les variétés tardives purent être évaluées.

RangVariétéHybrideurPays
1erSolovinaya Noch’Nina MiroshnichenkoUkraine
2eMamy FramboiseVirginie FurFrance
3eItalian IceA.D. CaddUSA

SNHF meilleur français : Mamy Framboise. Meilleur parfum : Arcobaleno (Mostosi, IT). Public (attribué en 2009) : Toréro (Cayeux). Victoire remarquable d’une variété ukrainienne jamais enregistrée. Réf. : Iris et Bulbeuses n° 158, 2008.

Palmarès 2011–2015

L’annulation de 2009 et 2013, puis le tournant historique de 2015 au Parc Floral

Franciris 2009 — Annulé

Impossibilité de réunir les fonds nécessaires. Le coût d’hébergement de cinq juges internationaux pendant une semaine à Paris dépassait les moyens de la SFIB.

Franciris 2011 — TECOMAH, Jouy-en-Josas

Dernière édition sur ce site

Jury : Valeria Rosselli (IT, présidente) ; Kathy Chilton (US) ; Sergey Loktev (RU) ; Loïc Tasquier (NL) ; Jérôme Boulon (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erAleutian IslandsMichael SuttonUSA
2eÉchirollesLaporteFrance
3eDanube du BarryVasquez-PoupinFrance

Meilleur parfum : semis 060402 (Jacob). Presse : ex æquo Fay’s Oscar (Beeman/Cadd) et Cheremosh (Khorosh, UA). Public : Grenade (Cayeux). Conditions difficiles, iris négligés par TECOMAH. Réf. : Iris et Bulbeuses n° 161, 2011.

Franciris 2013 — Annulé

Les iris destinés à cette édition avaient été si mal plantés et entretenus par TECOMAH que beaucoup ne survécurent pas. Double décision : abandon de l’édition et recherche d’un nouveau site.

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Franciris 2015 — Parc Floral de Paris

1re édition à Vincennes — 113 variétés, 31 hybrideurs

Jury : Kathy Chilton (US, présidente) ; Augusto Bianco (IT) ; Jill Bonino (US) ; Zdeněk Seidl (CZ) ; Sylvain Ruaud (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erBarbe NoireRichard Cayeux, 2012France
2eCielo AltoAngelo Garanzini, 2015Italie
3eClotho’s WebAnton Mego, 2009Slovaquie
4eClignotantStéphane BoivinFrance
5e ex æquoNuage de Lait / Fruit de la PassionStéphane BoivinFrance
7eVilla ErbaRichard CayeuxFrance
8esdlg Guardian’s FireAnton MegoSlovaquie
9eFall SymphonyLorena MontanariItalie
10eBraises IncandescentesAlain ChapelleFrance

SNHF meilleurs hybrideurs français : 1er Richard Cayeux, 2e Stéphane Boivin, 3e Alain Chapelle. Meilleur parfum : Cielo Alto. Public : 1er Barbe Noire, 2e Ferragosto (Montanari), 3e Caresse d’un Soir (Chapelle).

Six iris français dans le top 10 — un triomphe historique pour l’hybridation hexagonale, dominé par la maison Cayeux.

Réf. : Iris et Bulbeuses n° 165, 2015

Palmarès 2017–2019

L’Europe centrale s’impose — première victoire tchèque, puis nouveau Grand Prix français

Franciris 2017 — Parc Floral de Paris

110 variétés, 35 hybrideurs

Jury : Hooker Nichols (US, président) ; Igor Khorosh (UA) ; Gerry Snyder (US) ; Denis Lohez, Jérôme Boulon (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erChacharZdeněk Seidl, 2013Rép. tchèque
2eHigh DesertKeith Keppel, 2014USA
3e ex æquoMidnight VelvetTom Johnson, 2013USA
3e ex æquosemis 06-2155-2Anton MegoSlovaquie
5eBlackbird TearsSteve PooleUSA
6eCigarilloRichard CayeuxFrance

Prix Gladys Clarke : 1er Cigarillo (Cayeux), 2e Marceline Lyna (Rémy), 3e Aime Bay (Boivin). Prix Lawrence Ransom : Blackbird Tears, Me Pizzica, semis Mego. Public (~600 votants) : 1er Ogar (Seidl), 2e Aime Bay, 3e Florentine Velvet (Montanari). Première victoire d’un iris d’Europe centrale. Réf. : Iris et Bulbeuses n° 167, 2017.

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Franciris 2019 — Parc Floral de Paris

120 variétés, 35 hybrideurs

Jury : Andy Rivarola (US) ; Fritz Lehmann (DE) ; Lorena Montanari (IT) ; Gary White (US, président AIS) ; Jérôme Boulon (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erMy Red DrumsDaniel Balland, 2016France
2eMarry The NightTom Johnson, 2017USA
3esdlg Beauté de SologneNicolas Bourdillon, 2020France
4eChurch LadyBurseenUSA
5eLocomotionTom JohnsonUSA
7eMixed SignalsKeith KeppelUSA

Prix Gladys Clarke : 1er My Red Drums, 2e Beauté de Sologne, 3e Fragrance des Sables (Bourdillon). Prix Lawrence Ransom : 1er Locomotion, 2e Marry The Night, 3e Beauté de Sologne. Public et Presse : Locomotion. Enfants : Church Lady. Fleuristes : Désert d’Atacama (Laporte). Réf. : Iris et Bulbeuses n° 169, 2019.

Palmarès 2022–2024

La maturité du concours — double victoire de Seidl, puis deuxième Grand Prix Cayeux

Franciris 2021 — Reporté à 2022

La pandémie de COVID-19 a rendu impossible l’organisation prévue en 2021. L’édition fut reportée à mai 2022.

Franciris 2022 — Parc Floral de Paris

Jury restreint post-COVID

Jury : Richard Cayeux (FR, président) ; Etienne Nouwen (BE) ; Laure Anfosso, Florence Darthenay (FR). Les restrictions sanitaires avaient empêché l’invitation de juges internationaux ; les jurés furent logés dans un gîte rural à La Houssaye-en-Brie.

RangVariétéHybrideurPays
1erNad OblakyZdeněk Seidl, 2019Rép. tchèque
2esdlg Les AvenièresStéphane Boivin, 2023France
3eSylvain RuaudDaniel Balland, 2018France
4eSecret LandRobert PiatekPologne
5eSanta Cruz SurfJoe GhioUSA
6esdlg Parfum ParisienLorena MontanariItalie

Prix Gladys Clarke : 1er Les Avenières, 2e Sylvain Ruaud, 3e Grand Mûrier (Cancade). Prix Lawrence Ransom : 1er Maggese (Bianco, IT), 2e Sylvain Ruaud, 3e Szlachcic (Piatek, PL). Meilleur parfum et Presse : Parfum Parisien (Montanari). Public : 1er Les Avenières, 2e Nad Oblaky.

Zdeněk Seidl : double vainqueur, fait unique

Zdeněk Seidl (République tchèque) est le seul hybrideur à avoir remporté deux fois le Grand Prix Philippe de Vilmorin — en 2017 avec Chachar et en 2022 avec Nad Oblaky. Aucun Américain ne figurait dans le top 4 en 2022.

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Franciris 2024 — Parc Floral de Paris

Jury international complet

Jury : Sofia Cavini (IT, présidente) ; Jody Nolin (US) ; Claire Schneider (US) ; Anton Mego (SK) ; Jérôme Boulon (FR).

RangVariétéHybrideurPays
1erHatshepsoutRichard Cayeux, 2020France
2eBehind The RainbowEtienne Nouwen, 2022Belgique
3ePrince TimeoSébastien Cancade, 2022France
4eIgnite The LightTom Johnson, 2021USA
5eLéon C’est MoiLorena Montanari, 2021Italie
7eZone 51Bénédicte HabertFrance

Prix Gladys Clarke : Hatshepsout. Meilleure plante commerciale : Prince Timeo. Plus original : Behind The Rainbow. Branche la plus spectaculaire : Piacione. Meilleur parfum : Rose de Porcelaine (B. Habert). Public : 1er In Rosa Per Caso (V. Negri, IT), 2e sdlg Garanzini, 3e ex æquo A Le Car / Hatshepsout.

Deuxième Grand Prix pour la maison Cayeux (après 2015), consolidant la renaissance française de l’hybridation d’iris.

Réf. : Iris et Bulbeuses n° 174, 2024

La montée des hybrideurs européens

Du quasi-monopole américain des années 2000 à la diversité géographique des années 2020

L’un des fils narratifs les plus frappants de l’histoire de Franciris est le renversement progressif de la domination américaine. En 2005, les quatre premiers rangs étaient occupés par des variétés américaines. Dès 2007, une Ukrainienne gagna. En 2015, la maison Cayeux triompha avec Barbe Noire — un événement symbolique majeur, puisque c’est Ferdinand Cayeux qui avait raflé les onze médailles de Dykes françaises entre 1928 et 1938.

Chronologie du basculement géopolitique

2000–2002 Domination française (concours national) Lawrence Ransom place 6 variétés sur 14. Cayeux remporte le vote du public.
2005 Domination américaine écrasante Top 4 entièrement USA (Sutton, Aitken ×2, Stetson). Premier français 5e (Gwennaden).
2007 Première victoire non américaine Solovinaya Noch’ de Nina Miroshnichenko (Ukraine). Floraison précoce atypique.
2015 Le tournant français Barbe Noire (R. Cayeux) — 6 iris français dans le top 10. Slovaquie 3e (Mego).
2017 L’Europe centrale s’impose Chachar de Zdeněk Seidl (Rép. tchèque). Keppel 2e, Mego 3e ex æquo.
2019 Nouveau Grand Prix français My Red Drums (Balland). Trois Français dans le top 6.
2022 Double de Seidl, zéro Américain dans le top 4 Nad Oblaky (Seidl). Pologne 4e (Piatek). Premier Américain 5e (Ghio).
2024 La boucle est bouclée Hatshepsout (R. Cayeux). Belgique 2e (Nouwen). Première victoire belge au podium.

Les hybrideurs récurrents à Franciris

Parmi les Américains récurrents figurent Keith Keppel (2e en 2017 avec High Desert), Tom Johnson / Mid-America Gardens (3e en 2017, 2e en 2019, Locomotion plébiscité par le public), Joe Ghio (5e en 2022 avec Santa Cruz Surf), Schreiner’s (top 10 en 2005), et Barry Blyth (Australie, prix du parfum 2005).

Côté français, une nouvelle génération a émergé : Daniel Balland (Grand Prix 2019), Stéphane Boivin (multiples classements, 2e en 2022), Nicolas Bourdillon (3e en 2019), Sébastien Cancade (3e en 2024), Alain Chapelle, Bénédicte Habert. Fait symbolique : une variété nommée Sylvain Ruaud (Balland, 2018), rendant hommage au fondateur du concept, se classa 3e en 2022.

Défis et enjeux structurels

Un concours entièrement bénévole face au financement précaire, aux aléas climatiques et à la pandémie

Le financement : un budget dérisoire pour un concours mondial

Franciris est organisé entièrement par des bénévoles de la SFIB, une association loi 1901 dont le budget total avoisine 32 000 €. L’annulation de 2009 fut directement causée par l’impossibilité de réunir les fonds pour héberger cinq juges internationaux pendant une semaine à Paris. La location d’un minibus pour les déplacements du jury est devenue trop onéreuse. Les revenus proviennent principalement des cotisations, de la vente de pots d’iris lors de l’événement, et de commandes groupées achemianées via Tom Johnson pour les rhizomes américains.

Qualité des sols et entretien

La qualité des sols et l’entretien constituent un défi récurrent. À TECOMAH, la négligence mena à la perte de nombreuses variétés et à deux annulations (2009, 2013). Au Parc Floral, les iris sont cultivés sans intrant chimique : en 2015, la proximité de sapins compromit la croissance dans une partie de la parcelle ; en 2017, la réutilisation du même sol donna des résultats inférieurs ; en 2022, des restrictions d’eau liées à la pandémie nuisirent à la floraison. Pour 2024, de nouveaux substrats ont été ajoutés et des variétés mal placées repositionnées.

L’impact du COVID-19

La pandémie eut un impact considérable : Franciris 2021 fut reporté à 2022, sans possibilité d’inviter des juges internationaux ni d’organiser les traditionnelles réceptions parisiennes. Le jury de 2022, composé exclusivement de professionnels français et belges, constitua une exception dans l’histoire du concours.

Franciris face aux grands concours mondiaux

L’ambition d’un « championnat du monde des iris » est explicitement formulée. Dans le paysage international — face au Concorso di Firenze (annuel depuis 1954, le plus ancien et le plus prestigieux), au concours de Munich (Gesellschaft der Staudenfreunde), aux essais de Wisley (British Iris Society/RHS) et au récent concours de Presby Memorial (New Jersey, 2021) — Franciris occupe désormais une place de premier plan comme le principal concours biennal d’iris TB en Europe continentale.

32 k€Budget total SFIB
2éditions annulées
1édition reportée
100%bénévoles

Conclusion et perspectives 2026

Un concours qui a tenu sa promesse — et qui regarde vers l’avenir

En vingt-cinq ans, Franciris a surmonté des obstacles qui auraient pu l’anéantir — changements de lieu, annulations, budget dérisoire, pandémie — pour devenir un rendez-vous international crédible et respecté.

Trois constats s’imposent

La tradition restaurée. Le concours a effectivement restauré la tradition française que ses fondateurs invoquaient : la maison Cayeux, héritière directe des onze médailles de Dykes d’avant-guerre, a remporté le Grand Prix en 2015 et 2024, bouclant symboliquement la boucle historique.

Une scène européenne révélée. Franciris a révélé une scène européenne d’hybridation insoupçonnée — tchèque, slovaque, polonaise, ukrainienne, italienne — qui a brisé le quasi-monopole américano-australien sur les récompenses iridophiles mondiales.

Une pérennité acquise. La prochaine édition, Franciris 2026 (18–22 mai, Parc Floral de Paris), témoigne d’une pérennité acquise, avec un jury international complet et une convention reconduite avec la Ville de Paris.

Franciris 2026 — 18–22 mai, Parc Floral de Paris

La onzième édition officielle s’annonce sous la présidence de Jérôme Boulon, nouveau président de la SFIB depuis mars 2026, avec un jury international complet. La convention avec la Ville de Paris a été reconduite. L’ambition d’un « championnat du monde » reste un horizon ; la réalité d’un concours sérieux, exigeant et international est, elle, déjà acquise.

Figures clés de la continuité

Jérôme Boulon, spécialiste français reconnu et nouveau président de la SFIB depuis mars 2026, a siégé au jury de presque toutes les éditions — 2005, 2011, 2017, 2019, 2024. Déjà président de la société en 2011–2012, il retrouve la tête de l’association au moment où Franciris célèbre son quart de siècle. Il constitue la mémoire institutionnelle du jugement Franciris et présidera à l’organisation de l’édition 2026.

Sylvain Ruaud, fondateur conceptuel du concours, juré en 2005 et 2015, historien de la SFIB et auteur du récit fondateur sur le site officiel, a considérablement contribué à la visibilité internationale du concours par son blog Iris en ligne et ses articles pour le bulletin AIS World of Irises.

L’article statistique de Sébastien Cancade, « La compétition Franciris en chiffres » (Iris et Bulbeuses n° 175, 2025, pp. 34–37), offre une analyse quantitative complète du quart de siècle écoulé.

Sources et références

Documentation utilisée pour cette monographie

Sources primaires SFIB

Site officiel SFIB : iris-bulbeuses.org/iris/concours_franciris.htm — Pages dédiées à l’histoire et aux résultats de chaque édition.

Bulletins Iris et Bulbeuses : n° 137 (2000), n° 155-156 (2006), n° 158 (2008), n° 161 (2011), n° 165 (2015), n° 167 (2017), n° 169 (2019), n° 172 (2022), n° 174 (2024), n° 175 (2025).

Règlement officiel : iris-bulbeuses.org/FRANCIRIS/rules.htm

Wikis et références internationales

AIS Iris Wiki : wiki.irises.org — InfoAwardsFrenchInternational — Palmarès complet de toutes les éditions.

AIS Iris Wiki : wiki.irises.org — InfoMedalFrenchDykes — Liste des médailles de Dykes françaises 1928–1938.

Blogs et témoignages

Irisistible : irisistible.fr — Franciris 2015 — Compte rendu détaillé par Stéphane Boivin.

Iris en ligne : irisenligne.blogspot.com — Franciris 2017 — Compte rendu par Sylvain Ruaud.

World of Irises (AIS) : Philippe de Vilmorin, pionnier français.

Institutions

SNHF : snhf.org — Franciris 2017.

L’Iriseraie de Kuttolsheim : liriseraie.fr — La création des variétés et les concours.