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Les Collections Nationales d’Iris
en France

Tour de France des collections labellisées CCVS et des jardins remarquables — état des lieux, enjeux de conservation et figures du patrimoine irisarien français

Dossier complet CCVS & SFIB Conservation Patrimoine génétique
La France possède un patrimoine irisarien d’une richesse exceptionnelle, distribué entre collections publiques labellisées, jardins botaniques historiques et iriseraies privées de passionnés. Ce dossier dresse l’inventaire le plus complet jamais réalisé des collections d’iris labellisées par le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS), analyse les enjeux de conservation auxquels elles font face — de la fermeture d’Iris en Provence en 2022 au changement climatique — et rend hommage aux figures qui perpétuent ce patrimoine vivant.

Le CCVS — gardien du patrimoine végétal français

Une association créée en 1989 pour fédérer les collectionneurs et lutter contre la disparition des espèces et variétés horticoles.

Le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) est une association loi 1901, créée en 1989 à l’initiative de Jean-Noël Burte, conservateur des Jardins du Luxembourg, et de scientifiques et amateurs passionnés. Sa mission est de préserver la richesse et la diversité du patrimoine végétal en fédérant les collectionneurs de plantes sauvages et cultivées — publics ou privés, pépiniéristes, jardins botaniques ou amateurs. Son équivalent britannique est Plant Heritage (anciennement NCCPG) et son équivalent allemand le Netzwerk Pflanzensammlungen.

Deux niveaux de reconnaissance

Le CCVS attribue deux labels distincts. La Collection Nationale CCVS est une collection d’intérêt national qui atteint un niveau d’excellence, notamment par l’ensemble des taxons représentés. La Collection Agréée CCVS désigne une collection qui mérite encore de s’enrichir ou qui doit améliorer sa gestion et garantir sa pérennité. Aujourd’hui, plus de 380 collections végétales spécialisées sont labellisées en France.

Ressources phytogénétiques

Face aux changements brutaux du climat, du modèle économique, des changements sociétaux et des problèmes phytosanitaires, c’est dans les ressources phytogénétiques des collections que l’on peut trouver les éléments de résilience et des réponses innovantes. Les RPG font partie du patrimoine de l’humanité et du patrimoine commun de la nation française.

La charte des collections

La charte du CCVS fixe des critères rigoureux : origine responsable des végétaux, traçabilité, étiquetage précis, et surtout la duplication partielle ou totale sur un autre site, recommandée pour préserver la collection en cas de maladies ou d’accidents climatiques. Les visites de renouvellement ont lieu tous les 5 ans pour les plantes vivaces et tous les 7 ans pour les ligneuses pérennes.

Les collections d’iris labellisées : vue d’ensemble

4Collections Nationales
3Collections Agréées
6 000+Taxons conservés
7Régions représentées
CollectionLieuLabelSpécialité
Parc Floral de ParisVincennes (75)CNIris germanica (~2 000 taxons)
Parc Floral de la SourceOrléans (45)CNIris germanica remontants (900 var.)
Jardins de BrocéliandeBréal-sous-Montfort (35)CNCultivars français (1 000+ var.)
Jean-Claude JacobSaint-Pol-de-Léon (29)CNIris rhizomateux hors barbus
Château de MorchêneSaint-Cyr-en-Val (45)CA → CN 2018Iris germanica (446 taxons)
Jardin des Plantes de RouenRouen (76)CAIris botaniques (240 var.)
Pépinière AobaSaint-Ouen-la-Rouërie (35)CAIris botaniques
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I · Parc Floral de Paris (Vincennes) — la collection historique

Collection Nationale d’Iris germanica — héritière de la collection Simonet, site du concours Franciris.

Au cœur du Bois de Vincennes, le Parc Floral de la Ville de Paris est l’un des quatre pôles du Jardin botanique de la Ville de Paris. Il détient cinq collections agréées par le CCVS, dont celle des iris germanica avec près de 1 500 à 2 060 taxons et 60 espèces sur les 300 existantes. C’est l’une des plus importantes collections de France, issue de l’ancienne collection Simonet, récupérée par le Muséum National d’Histoire Naturelle à la mort du chercheur en 1965.

Disposition et organisation

Les iris sont installés en trois emplacements distincts : une costière au verso de l’amphithéâtre dominant la pièce d’eau, très bien placée et ensoleillée ; un « colimaçon » aménagé dans un endroit abrité, à proximité du pavillon des expositions temporaires ; et une vaste bordure un peu à l’écart, en face du mini-golf. Cette dernière est la plus spectaculaire pour le grand public.

Un trésor menacé

Une particularité remarquable de la collection est la présence d’un grand nombre de variétés historiques signées Cayeux, Millet, Vilmorin et autres obtenteurs de la grande époque, dont certaines sont complètement oubliées et en grand danger de disparition. Mais combien de visiteurs vont s’extasier devant cette richesse ?

Le problème de l’identification

Lors d’une visite en 2014, Sylvain Ruaud estimait le taux d’erreurs d’identification à au moins 20 %. Les responsables du parc travaillaient avec photos, documentations et inventaires des bases pourpres pour rétablir les bonnes identités. L’enjeu est crucial : les variétés non authentifiées risquent, à terme, d’être éliminées.

Franciris — le concours international

Le Parc Floral héberge le concours Franciris depuis 2015, organisé par la SFIB en partenariat avec la Ville de Paris. Ce concours biennal réunit des hybrideurs du monde entier : 110 variétés de 35 hybrideurs lors de l’édition 2017, 120 variétés en 2019. Le jury international décerne le Prix Philippe de Vilmorin (meilleurs iris), le Prix Gladys Clarke (meilleurs iris français) et le Prix Lawrence Ransom (les iris les plus florifères). Le palmarès de 2015 a vu le triomphe de ’Barbe Noire’ (Cayeux, 2013).

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II · Parc Floral de la Source — l’écrin orléanais

Collection Nationale d’Iris germanica depuis 1996 — 900 variétés, dont une collection de remontants unique en France.

Au sud d’Orléans, le Parc Floral de la Source s’étend sur 35 hectares autour de la source du Loiret — résurgence karstique de la Loire, unique en France avec celle du Vaucluse. Son Tableau d’Iris, classé Collection Nationale depuis 1996, met en valeur un ensemble remarquable de 900 variétés, dont de nombreux iris germanica remontants, présentés dans un espace entièrement réaménagé en 2015.

Le Parc fait partie du circuit floral « la Route des Iris » qui chemine à travers sept parcs et jardins et deux producteurs régionaux d’iris, entre Orléans et Nevers. Labellisé Jardin Remarquable et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, il perpétue le savoir-faire orléanais en matière d’horticulture avec plus de 126 000 visiteurs annuels.

Le satellite de Morchêne

Le Parc entretient des relations privilégiées avec la Société d’Horticulture d’Orléans et du Loiret (SHOL), qui gère la collection d’iris du Château de Morchêne à Saint-Cyr-en-Val. Cette collection, mise en place en 2007, est composée de 446 taxons totalisant environ 2 000 iris provenant du Parc Floral. Elle a été promue Collection Nationale en 2018.

Un modèle de gestion bénévole

Une équipe de 25 bénévoles de la SHOL assure l’entretien avec un dévouement remarquable : 350 heures de travail au printemps 2022 pour reprendre les massifs. Les taxons sont disposés de manière hélicoïdale devant le château, tous référencés par un numéro. C’est une collection dans un état impeccable que le public peut admirer chaque année dès le mois de mai.

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III · Jardins de Brocéliande — le conservatoire de l’iris français

Collection Nationale de cultivars français d’Iris germanica depuis 2003 — 1 000+ variétés de 1840 à nos jours.

Aux portes de Rennes, les Jardins de Brocéliande constituent le Conservatoire National de l’Iris Français depuis 2003 — un statut unique dans le réseau CCVS. Dans un jardin à la française de 24 hectares, plus de 1 000 variétés créées en France de 1840 jusqu’à aujourd’hui racontent, rangée après rangée, l’histoire de l’hybridation française.

La genèse : le sauvetage Simonet

L’histoire commence en 1995 : les Jardins, encore en chantier, se voient confier par la SFIB le duplicata de la collection de Marc Simonet, 450 variétés conservées précédemment au Muséum d’Histoire Naturelle. Puis s’y est ajoutée la collection du Jardin des Plantes de Rouen. Ces deux apports fondateurs constituent la moitié de la collection actuelle.

Organisation des collections

Les iris historiques (1840–1980), véritables ancêtres des iris modernes, sont présentés dans un décor rappelant le labyrinthe des jardins Renaissance, avec chaque rangée dédiée à une couleur : uni du blanc au noir, mais aussi bicolore, picté, bordé. Des terrasses surplombent les entrelacs de fusains taillés où sont installés les iris primés — médaille de Florence et médaille de Dykes. D’autres espaces accueillent les spurias, sibiricas et bulbeux pour prolonger la floraison des grands germanica.

Dimension sociale et éducative

Les Jardins de Brocéliande sont aussi un ESAT de transition géré par l’APH le Pommeret : les personnes en situation de handicap participent aux créations paysagères et à l’accueil des visiteurs. Cette dimension sociale, conjuguée au label Jardin Remarquable obtenu en 2005, fait de Brocéliande un lieu unique où conservation botanique et inclusion se rejoignent.

Les collections végétales spécialisées sont constituées de tout rassemblement de plantes, cultivées dans un état durable et représentatif de leurs performances végétatives naturelles, avec de bonnes connaissances de leur origine, de leur taxonomie et de leur variabilité génétique. — Virginie Le Fur, responsable des collections aux Jardins de Brocéliande
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IV · Jean-Claude Jacob — les iris de la Baie

Collection Nationale d’Iris rhizomateux hors iris barbus — Saint-Pol-de-Léon, Bretagne.

Au bord de la Baie de Morlaix, dans le Finistère, Jean-Claude Jacob cultive et partage depuis plus de quinze ans une collection exceptionnelle de plus de 1 000 variétés d’iris — 750 barbus et 250 non barbus — venus de nombreux pays. Son jardin en pente, bien ensoleillé, est le site idéal pour cette culture.

Du rosier à l’iris

Passionné d’hybridation, Jacob a commencé par les rosiers en 1973, puis est passé progressivement aux iris en 1980, après avoir découvert la richesse de leurs coloris en visitant les roseraies d’Île-de-France et du Val de Loire. Son premier semis date de 1990, un croisement naturel sur ’Harbor Blue’. En 2010, sa collection s’enrichit considérablement avec l’acquisition d’une partie de la collection de Gérard Madoré.

Un hybrideur breton prolifique

Avec plus de 60 créations enregistrées à l’AIS, Jacob est l’un des hybrideurs français les plus productifs. Plusieurs de ses variétés portent des noms bretons, comme ’Chouchenn’, élu iris le plus parfumé au concours Franciris 2011. Membre de l’AIS et de la Society for Pacific Coast Native Iris, il développe aussi des programmes de croisements ambitieux entre iris de Sibérie et sino-sibériens.

La question de la relève

En 2022, Jean-Claude Jacob s’est retiré du Conseil d’Administration de la SFIB après 14 ans d’activité. Sa collection, gérée par un particulier, illustre la fragilité des Collections Nationales reposant sur un seul passionné : la question de la succession et de la pérennité à long terme reste posée.

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V · Collections Agréées — les viviers complémentaires

Jardin des Plantes de Rouen, Pépinière Aoba — des réservoirs de diversité botanique.

Jardin des Plantes de Rouen — iris botaniques

Ouvert au public depuis 1840, le Jardin des Plantes de Rouen est un trésor de 8 hectares et 5 600 espèces de végétaux. Sa collection d’iris botaniques, agréée par le CCVS, compte 240 variétés, accompagnées de 60 variétés d’hémérocalles. La collection possède de nombreux iris historiques du XIXe siècle, parmi les plus anciens conservés en France.

Le Jardin des Plantes joue un rôle clé dans la duplication du patrimoine : en 2014, il a proposé au Château de Mesnil Geoffroy (Ermenouville, Seine-Maritime) de partager sa collection CCVS, afin de sauvegarder des variétés exceptionnelles d’une époque où les iris étaient rois des jardins aristocratiques.

Pépinière Aoba — iris botaniques

Installée à La Touche au Burgot, à Saint-Ouen-la-Rouërie (Ille-et-Vilaine), la pépinière Aoba détient une Collection Agréée d’Iris botaniques. Elle figure sur la liste la plus récente du CCVS, où elle semble avoir remplacé la Pépinière des Avettes (La Genête, Saône-et-Loire), précédemment référencée.

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VI · Autres collections remarquables — hors label CCVS

Clères, Beaujoire, Laymont, Bagatelle — des jardins qui contribuent à la conservation sans label formel.

Parc zoologique et botanique de Clères (Seine-Maritime)

Fondé en 1919 par l’ornithologue Jean Delacour, le parc de Clères est aujourd’hui propriété du Conseil départemental de Seine-Maritime. Il héberge une importante collection de 520 iris de jardin et 120 iris nains, ainsi qu’une centaine de variétés d’hémérocalles. Les mixed borders créées par le paysagiste anglais Henry Avray Tipping dans les années 1920 constituent un écrin paysager unique pour ces collections.

Parc floral de la Beaujoire (Nantes)

Créé en 1971 pour les Floralies internationales, ce parc de 14 hectares présente environ 350 variétés d’iris dans son jardin dédié, transformé à partir des anciennes carrières de pierre du Vallon. Les iris ne sont pas labellisés CCVS, mais le blog amateur Les iris de La Beaujoire documente minutieusement cette collection, qui partage plusieurs variétés anciennes avec Brocéliande.

Roland Dejoux — Les Iris de Laymont (Gers)

Le président de la SFIB depuis 2013, Roland Dejoux, détient à Laymont l’une des plus grandes collections privées de France : environ 1 700 variétés, comprenant des iris botaniques, des historiques (le plus ancien de 1855), des modernes, la totalité des enregistrements Bernard Laporte, environ 200 créations René Dauphin, et toutes les créations de Lawrence Ransom, sauvées après son décès en 2016. Laymont sert ainsi de site de duplication de facto pour plusieurs patrimoines génétiques français. Lauréat de la Warburton Medal 2019, Dejoux est également un hybrideur prolifique, avec l’initiative des « Iris-Box » qui permet au public de parrainer un iris au bénéfice de la SFIB.

Autres sites notables

Parc de Bagatelle Bois de Boulogne, Paris. Collection d’iris historiques. Paris
Jardin des Plantes (MNHN) 150 variétés entre les Galeries de Botanique et de Paléontologie. Paris
Château de Mesnil Geoffroy Duplicata Rouen depuis 2014. Iris dans le verger. Normandie
Alain Chapelle — Bubry Morbihan. Concerts lyriques dans les champs d’iris. Bretagne
Parc d’Apremont-sur-Allier Iris d’eau et de jardin. Village classé « Plus Beaux Villages ». Cher
Abbaye de Fontfroide Iris de collection dans le jardin de senteur. Aude
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VII · Marc Simonet (1899–1965) — le compteur de chromosomes

Le cytogénéticien dont la collection irremplaçable relie Vincennes, Brocéliande et l’histoire de l’iris français.

Marc Simonet est le personnage central de l’histoire des collections d’iris en France. Chef du laboratoire de génétique et de pathologie des Établissements Vilmorin-Andrieux, il a réalisé pendant plus de trente ans de nombreux travaux sur la cytologie des iris. En étudiant le caryotype de plus d’une centaine d’iris, il a confirmé la grande hétérogénéité du genre. Ses recherches sur l’hybridation et la compatibilité des différentes espèces botaniques entre elles ont eu une influence déterminante sur le travail des obtenteurs.

Pionnier de la polyploïdisation

Simonet avait compris que les grands iris tétraploïdes présentaient le plus d’intérêt, et il s’est attelé à rechercher un moyen de faire passer les iris de la diploïdie à la tétraploïdie. La technique qu’il a préconisée — la colchicine — a pris par la suite une ampleur considérable dans les travaux de spécialistes comme Currier McEwen aux États-Unis et Tomas Tamberg en Allemagne.

Une collection irremplaçable

À partir de 1948, travaillant à l’INRA de Versailles, Simonet s’est lancé dans le croisement d’espèces différentes d’iris. Ces croisements interspécifiques ont abouti à la création d’une collection irremplaçable de cultivars très divers. Il avait également hérité de la collection de Louis A. F. Denis après le décès de celui-ci, ce qui laisse supposer que Brocéliande conserve aujourd’hui des variétés liées à ces deux patrimoines.

L’odyssée de la collection

À la mort de Simonet en 1965, sa collection a été récupérée par le Muséum National d’Histoire Naturelle. Puis, déplacée plusieurs fois, elle se trouve aujourd’hui répartie entre les Jardins de Brocéliande (duplicata confié par la SFIB en 1995) et le Parc Floral de Vincennes. Lawrence Ransom a documenté cette saga dans deux articles fondateurs publiés dans Iris et Bulbeuses : « Histoire de la collection Simonet » (n° 123, 1996) et « Les iris de la collection Simonet au Parc Floral de Vincennes » (n° 124, 1997).

Ses recherches sur l’hybridation et la compatibilité des différentes espèces botaniques entre elles ont eu une influence déterminante sur le travail des obtenteurs.

— Maurice Broussard, in Iris et Bulbeuses
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VIII · Bernard Laporte — le passionné de Larnas

Hybrideur et collectionneur en Ardèche — 2 500 variétés, un pont entre Brocéliande et le Vivarais.

Chaque année au printemps, un petit coin de verdure de la commune de Larnas, en Ardèche, se pare de mille couleurs à la floraison des iris. Une œuvre d’art naturelle, fruit du travail passionné de Bernard Laporte. C’est dans les années 1990 qu’il s’installe dans la vallée de la Nègue et achète ses premiers iris afin de fleurir son jardin. De fil en aiguille, il se passionne pour cette fleur. Aujourd’hui, sa collection comprend plus de 2 500 variétés.

De collectionneur à hybrideur

Répertorié dans l’annuaire de la SFIB comme « Iris en Vivarais — Pépinières Bernard Laporte », il s’est lancé dans le commerce des iris en pensant toucher en priorité une clientèle régionale, avec les obtentions maison et le complément des importations accumulées au fil des ans. Mais c’est l’hybridation qui anime véritablement sa passion : Bernard se consacre à ses nouveautés et ses croisements pour améliorer les formes et les coloris des fleurs.

Le lien avec Brocéliande

Ses premiers enregistrements, en 2004, révèlent un lien remarquable avec le Conservatoire National : plusieurs variétés sont issues de semis de Laporte sélectionnés et nommés par Virginie Le Fur, responsable des collections aux Jardins de Brocéliande. Les noms arthuriens choisis témoignent de ce pont entre l’Ardèche et la Bretagne : ’Enchanteur Merlin’, ’Fée Viviane’, ’Messire Lancelot’, ’Iriade’, ’Roi Arthur’, ’Sire de Bréal’, ’Dame du Lac’, ’Fontaine de Jouvence’, ’Dame de Montfort’, ’Joli Page’.

Un catalogue grandissant

Après 2004, les enregistrements se poursuivent régulièrement : 2006 (’Aubenas’, ’Feria De Nîmes’, ’Nouméa’, ’Papeete’…), 2007 (’Dominique Vallos’, ’Sébastien Cancade’), 2009 (’Colombo’, ’Larnas’, ’Macao’), 2013 (’Maître Panisse’, ’Bianca Castafiore’, ’Résistance’…), et jusqu’en 2024 (’Concerto D’Aranjuez’, ’Dame Camille’) et 2025 (’Carole Rabou’, ’Malo’, ’Robert Et Marinette’). Un de ses semis a obtenu le 2e prix à Franciris 2011, enregistré plus tard sous le nom de ’Echirolles’.

La duplication chez Dejoux

Un détail crucial pour la conservation : la collection de Roland Dejoux à Laymont comprend la totalité des enregistrements Bernard Laporte, aux côtés de quelque 200 créations René Dauphin et des iris historiques depuis 1855. Ce mécanisme de duplication informelle mais efficace illustre le rôle des collectionneurs privés comme filet de sécurité pour le patrimoine génétique français.

Ouverture au public

Bernard Laporte ouvre gratuitement son jardin de Larnas au public pendant la floraison de mai-juin, sur simple appel téléphonique (04 75 04 39 32). Sa page Facebook rassemble plus de 1 300 abonnés. En 2024, Laure Anfosso a publié dans Iris et Bulbeuses n° 174 un article intitulé « Visite à l’iriseraie Laporte en Ardèche », témoignage de la reconnaissance de la communauté envers cette collection.

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IX · Enjeux de conservation — un patrimoine sous pression

Fermeture de pépinières, changement climatique, vieillissement des collectionneurs : les menaces qui pèsent sur les collections françaises.

La fermeture d’Iris en Provence (2022)

C’est fini. « Iris en Provence », c’est fini. La célèbre pépinière de Hyères, créée en 1974 par Pierre et Monique Anfosso, a définitivement fermé ses portes en octobre 2022 avec le départ en retraite de Laure Anfosso. Après près de 50 ans d’existence, 116 iris et 158 hémérocalles créés, et des variétés emblématiques comme ’Lorenzaccio De Médicis’ (1978), ’Echo de France’ (1984), ’Citoyen’ (1989) ou ’Flûte Enchantée’ (1991), cette institution a quitté l’univers des amateurs d’iris. La pépinière et ses sites web sont définitivement fermés.

Tous les amis des iris ont été péniblement surpris. Tout le monde considérait que cette institution était indestructible et personne n’envisageait qu’elle puisse disparaître. — Sylvain Ruaud, irisenligne

Le changement climatique

L’évolution climatique se confirme d’année en année avec des températures exceptionnellement élevées qui nuisent d’abord à la floraison — très courte dans toutes les régions — et ensuite au développement des rhizomes. Le président de la SFIB, Roland Dejoux, a appelé à orienter le travail d’hybridation vers la sélection de plantes plus résistantes à la sécheresse et aux canicules.

Le vieillissement des collectionneurs

Le modèle français de conservation repose largement sur des passionnés individuels. Jean-Claude Jacob s’est retiré du CA de la SFIB après 14 ans. La collection privée de Lawrence Ransom n’a survécu à son décès brutal en 2016 que grâce à la réactivité de son frère Martin et de Roland Dejoux. Bernard Laporte poursuit activement son œuvre, mais la question de la relève générationnelle se pose pour chaque collection privée.

Erreurs d’identification et perte d’authenticité

Le problème documenté à Vincennes — au moins 20 % d’erreurs d’identification estimées — menace l’intégrité génétique des collections historiques. Sans authentification rigoureuse, les variétés mal identifiées risquent le compost, et avec elles des gènes irremplaçables.

Les raisons d’espérer

Un renouveau français

En 2022, 150 variétés françaises ont été enregistrées par 16 obtenteurs différents, un nombre en forte croissance. Parmi les nouveaux hybrideurs : Sébastien Cancade, Stéphane Boivin (Irisistible), les Lanthelme, Jean-Luc Gestreau, Jacques Mollet, L’Iriseraie de Kuttolsheim… Et surtout, la maison Cayeux, qui crée des iris de père en fils depuis la fin du XIXe siècle, reste le pilier commercial de l’iris français avec plus de 200 créations maison exportées dans une cinquantaine de pays.

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Sources et références

Documents, sites web et publications consultés pour la rédaction de ce dossier.

Sources institutionnelles

CCVS-France.org — Liste officielle des collections d’iris labellisées (ccvs-france.org/iris/).

SFIB — Annuaire des jardins d’iris (iris-bulbeuses.org/liens/annuaire-iris.htm) ; sommaires des revues Iris et Bulbeuses (iris-bulbeuses.org/bulletin/sommaire_bis.htm).

Charte des collections CCVS — ccvs-france.org/les-collections/la-charte-des-collections-du-ccvs/.

Jardins et collections

Jardins de Brocéliande — jardinsdebroceliande.fr — pages iris, histoire, collections.

Parc Floral de la Source — parcfloraldelasource.com — jardin d’iris.

SHOL — shol.fr/les-collections/ — collection de Morchêne.

Château de Mesnil Geoffroy — chateau-mesnil-geoffroy.com — partenariat Rouen.

Jardin des Plantes de Rouen — rouen.fr/jardindesplantes.

Jean-Claude Jacob — iris-de-bretagne.imingo.net — Iris de la Baie.

Roland Dejoux — les-iris-de-laymont.fr.

Bernard Laporte — Page Facebook « Iris de Bernard Laporte » ; gorges-ardeche-pontdarc.fr.

Blogs et documentation en ligne

Sylvain Ruaud — irisenligne.blogspot.com — articles sur la collection Simonet, Iris en Provence, Franciris.

AIS Iris Wiki — wiki.irises.org — fiches biographiques de Simonet, Anfosso, Jacob, Dejoux, Laporte, Ransom.

Les iris de La Beaujoire — lesirisdelabeaujoire.wordpress.com.

Jardin du vieux cerisier — jardinduvieuxcerisier.com — portraits de Jacob et Dejoux.

Publications dans Iris et Bulbeuses

Ransom, L. (1996). « Histoire de la collection Simonet », I&B n° 123.

Ransom, L. (1997). « Les iris de la collection Simonet au Parc Floral de Vincennes », I&B n° 124.

Anfosso, L. (2024). « Visite à l’iriseraie Laporte en Ardèche », I&B n° 174.

Dejoux, R. (2010). « Notre jardin d’iris sur toile de paillage », I&B n° 160.

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